Cerbère

Je n’ai pas ressenti le besoin de nommer mon cancer depuis que je sais qu’il m’habite. J’ai décidé de cohabiter, de ne pas le haïr, malgré tout ce qu’il me fait subir. Parce que malgré tout, cette maladie, c’est mon corps qui l’a crée, alors le détester serait revenu à me détester. Alors je l’accepte, même si j’aurais préféré qu’il ne soit jamais là… Et que ce n’est clairement pas une permission pour qu’il prolifère !

Mais hier soir, alors que j’avais envie de sortir mes plumes et d’écrire, mais que la douleur était puissante… J’ai décidé qu’il ne gagnerait pas ce soir. Que cette fois, c’était moi qui décidait. Et que si j’avais envie, j’écrirais. Et je me suis vue lui donner le nom de Cerbère. J’avais pas réfléchi réellement au pourquoi. Je voulais que ça rime avec cancer, et Bébère, c’est du vu et revu… et surtout, ça n’évoque rien pour moi. Et finalement, je sais pourquoi Cerbère.

Parce qu’il est le Gardien de mon Enfer personnel. Parce qu’il est celui qui me fait y faire face. Qui l’a montré que cet Enfer, il était plus proche que je ne le pensais. Il a matérialisé cette Épée de Damoclès qu’on a tous au-dessus de sa tête sans s’en rendre compte. La mienne est peut être un peu plus basse que certaines. Et Cerbère me la montre.
Cerbère, c’est ce chien à trois tête que je dois garder endormi à tout prix, pour éviter qu’il ne m’emporte avec lui. Alors je lui joue du pipeau, avec tous mes traitements. Ça marche plus ou moins. Une tête n’est pas tout à fait endormie. Mais je continue.

Je m’imagine danser autour de ce chien gigantesque, flûte au bec, virevoltant parce que ma vie en dépend, soufflant à n’en plus finir dans cet instrument, esquivant cette tête qui ne s’endort pas, parce qu’il est hors de question de me laisser emporter alors que j’ai encore tant à faire et à vivre.

Alors oui, aujourd’hui, mon cancer du poumon a un nom. Il s’appelle Cerbère. Et je danserai, autant que je pourrais, en soufflant dans ma flûte, pour qu’il reste endormi. Comme ça, le jour où il sera pour moi l’heure de rendre les armes, je pourrais dire que je me serais battue jusqu’à mon dernier souffle.

Tout en dansant sous la pluie…

Bonne soirée, je t’embrasse ! (Et ne t’en fais pas, je prends les devants, mais ce n’est pas pour demain : j’ai encore beaucoup à siffler et à danser !)

3 thoughts on “Cerbère”

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