Ecrire pour ne plus souffrir

Au travers de mes différents souvenirs évoqués grâce au MemoreM, voire même de certains billets, tu as pu t’apercevoir que ma vie n’avait pas toujours été très rose. Pour la faire courte, un pervers narcissique a partagé la vie de ma famille pendant 7 longues années. De mes 10 à mes 17 ans.

Donc évidemment, c’était pas joli joli. On s’en est sortis, j’ai repris ma vie. J’ai continué à grandir. Je suis devenue une femme, en ayant bien pris soin de tout bien ficeler, enfermer, cacher ces 7 ans de torture. Me restaient seulement mes kilos pris à coups de “qu’est-ce qu’elle a, la grosse vache?” ou “Elle est où cette feignasse?” et la volonté de fonder une famille bien différente de celle dans laquelle j’avais survécu toute mon adolescence.

Naïvement, je pensais que toute cette histoire était derrière moi. Que je n’avais plus rien à régler. Pourquoi j’ai pensé ça ? Je me pose encore la question. J’ai eu une adolescence vraiment difficile. J’ai pensé au suicide, je me suis scarifiée, j’ai pleuré des heures et des heures, seule dans une cuisine sombre, silencieuse et effrayante. J’ai coupé mes cheveux moi-même, plusieurs fois, dans le but de me punir d’être si grosse, d’avoir si peu de volonté, et d’être si désespérément moi. Un temps, je ne mangeais qu’un yaourt par jour. Pour me prouver que de la volonté, j’en avais à revendre. Bref, c’était logique que cette histoire n’était pas simplement derrière moi, mais que j’avais mis une chape de plomb par-dessus.

Quand je suis tombée malade, progressivement, je me suis rendu compte que je gardais en moi une colère monumentale de toute cette histoire. Comme si j’étais obligée d’extérioriser ça pour continuer à avancer dans mon combat contre la maladie. J’ai forcément parlé de cette colère à ma psy. Evidemment. Elle m’a conseillée d’écrire une lettre à ma mère, contre qui toute cette rage était dirigée. La colère, l’incompréhension, la douleur.

J’ai repoussé. Et repoussé encore. Un mal de ventre a fait son apparition, écrasant h24 mon estomac. Comme si un poids appuyait au point de vouloir traverser mon corps. Et rien ne me soulageait. Anti-douleurs, anti-acides, IPP… rien. Cette douleur me paralysait. Je ne pouvais plus écrire, coudre, rien. Parce que la position assise m’était insupportable. J’ai aussi pris au moins 5kg, parce que le seul moment où je n’avais pas mal, c’était quelques pauvres minutes après avoir mangé. Mais je vois ma psy toutes les 3 semaines. Et il était hors de question que je me pointe au rendez-vous sans avoir écrit cette lettre. Surtout que c’était plus simple : j’avais un peu parlé avec ma mère, le mercredi précédent ma cure, après un rêve pas piqué des hanneton (je te jure ça se dit encore!) et elle me donnait sa bénédiction pour lui dire ou lui écrire tout ce que je ressentais. Mais genre vraiment tout. Elle m’a assurée qu’elle était prête à entendre ce que j’avais à dire. Prête à prendre en pleine face ce qui me ronge depuis 12 ans. J’ai donc écrit. Longuement. Et avec rage. A peine la lettre écrite, j’ai vomi tout ce que j’ai pu. La douleur s’est allégée un peu. Et le lendemain, j’ai vu ma psy. Elle n’a pas lu la lettre, je ne suis pas certaine que ça soit nécessaire. Mais j’ai longuement parlé. D’ordinaire, c’est une conversation. Mais cette fois-ci, j’ai remis tout ce que j’avais vidé de mon sac la veille au soir sur papier, dans les tiroirs qui leur étaient destinés. Et la douleur s’est envolée. Enfin, je n’avais plus mal au ventre. Je me sentais enfin légère.

J’ai fait lire la lettre à mes frères et à ma soeur, ainsi qu’à mon homme. Leurs avis étaient partagés, entre “fais-lui lire!” et “range-la, c’est trop violent!”. J’ai finalement décidé de ne pas lui faire lire. Parce que l’avoir écrite me suffit. Le poids s’est envolée, et la rancœur avec. Je me sens mieux. Je lui ai dit que j’avais écrit. Que c’était vraiment violent. Que j’avais pleuré et vomi. Que tout ça, c’était enfin sorti. Je lui ai dit qu’elle ne lirait pas la lettre, ou alors, pas maintenant, parce que ce qui est certain, c’est que ce n’est pas le moment. Je n’ai pas envie que cet écrit nous sépare, surtout en ce moment. Et même si elle me dit qu’elle peut tout lire, je n’ai pas envie de risquer de la blesser, surtout que ça ne me ferait pas de bien de la voir souffrir. Bien au contraire. Alors pour ne pas nous faire souffrir toutes les deux, cette lettre dort. Jusqu’au jour où j’estimerai que nous sommes assez guérie pour la lire.

Tu dois te demander pourquoi j’écris tout ça, n’est-ce-pas ? Je sais pas trop en vrai. Parce que j’en ai besoin sûrement. Pour finir ce processus qui a été douloureux mais qui m’apaise tant. Peut-être pour montrer qu’il faut faire face à ses démons, aussi effrayants soient-ils. Aussi bien enfermés et cachés soient-ils. J’ai attendu 12 ans pour le laisser sortir de son placard. Il en avait profité pour grandir, se teinter d’une colère noire, puissante, effrayante.

Maintenant, je suis plus sereine pour siffler près de Cerbère. Parce que comment danser, comment se battre, comment composer une mélodie harmonieuse et pleine d’entrain lorsque le fardeau qu’on porte sur le dos est plus lourd que l’Univers ?

On m’a demandé : Pourquoi ressortir tout ça maintenant ? Mais parce que si je ne le fais pas maintenant, je le ferais quand ? Il fallait que ça soit maintenant. Parce que ça a été dur. Mais ce que je vis aujourd’hui l’est encore plus. J’ai besoin de toutes mes ressources. Pas qu’elles soient monopolisée par mon passé. J’ai besoin de sérénité et non de colère. D’amour et non de haine. De ma mère, et non de solitude.

Aujourd’hui, je peux la regarder dans les yeux, sans sentir en moi cette histoire remuer douloureusement en moi. Elle a changé. J’ai changé. Et lui, il n’est plus là pour nous faire du mal. Je ne le laisserai plus me faire du mal alors qu’on a réussi à le vaincre et le sortir de nos vie !

Désolée, ce billet est décousu, peut-être pas super intéressant pour toi, mais il fallait que j’écrive sur le fait que j’avais écrit !

Bonne journée, je t’embrasse !

4 thoughts on “Ecrire pour ne plus souffrir”

  1. Bouleversant … tu m’a foutu les larmes ! Je suis contente pour toi, j’espère que le soulagement profond, et l’énorme poids en moins, va t’aider à vaincre ce putain de crabe !! Pleins de gros câlins, et d’énormes bisous ❤

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