Ma bulle de sécurité

Depuis aussi loin que je me souvienne, je fonctionne par bulle. J’ai une bulle autour de moi, dans laquelle n’entre pas qui veut. Elle est vitale pour ma survie. Je n’aime pas qu’on m’approche ou qu’on me touche sans y être invité. Jadis, je devenais très très désagréable. Je me suis assouplie avec le temps. Et avec la maladie, la bulle a éclaté et j’ai laissé mon corps au médecin. J’ai mis des mois à la reconstruire et à faire en sorte que cette bulle soit rétractable et qu’elle me laisse un replis intérieur, quand j’ai besoin que mon corps ne soit plus simplement mien pour les examens.

Ces petites êtres sont bien les seuls à avoir eu le droit de faire éclater ma bulle sans rien demander à personne ! (bon, y a des jours où c’est compliqué, maintenant qu’ils sont plus grands, parce qu’ils bouffent parfois tout mon espace. Mais globalement, quoi)

Bref, j’ai toujours eu des bulles. J’avais mes bulles, outre la mienne ou je me sentais parfaitement en sécurité, comme à la maison, d’autres où je me sentais bien, comme le lycée, l’internat et où je me laissais être moi-même, pas comme à l’extérieur où j’avais peur d’un peu tout. Bah oui, je sais, on dirait pas, comme ça, mais ouais, je suis du genre à aller d’un point A à un point B, d’une bulle à une autre, sans m’éterniser dans le vaste extérieur! A noter quand même qu’un coin de nature est une bulle à part entière, donc où, je me sens bien, seule dans la nature !

Quand je suis tombée malade, mes bulles se sont réduites à la maison et l’hôpital. A la maison, j’y passais la majorité de mon temps, j’ai même déménagé ma chambre pour enfin m’y sentir bien. Après 3 ans passés dans notre appartement, je n’avais jamais pris le temps de l’aménager, de mettre de la déco, on avait même donné la plus grande aux enfants. Finalement, nous l’avons récupérée et mise à notre goût, grande première depuis notre adolescence! Mais c’est clairement devenue ma bulle principale. J’y passe beaucoup de temps, elle m’inspire pour écrire, etc. Ma maison est devenue mon endroit de sécurité principal.

Ça a été très très dur pour moi de partir 10 jours début mars. La perspective de partir de chez moi, me tétanisait. J’avais “un mauvais pressentiment”. J’avais peur que la cohabitation ne se passe pas bien, puisque nous avoir chez soi, c’est quand même un sacré débarquement : on arrive à 6 quand même! Je me donnais l’excuse des 5h de train avec 4 enfants. Mais en vrai, j’avais peur de laisser mon chez moi, de laisser mon bébé chat ailleurs aussi. J’avais peut de beaucoup de chose, sans aucun fondement. La vérité c’est que ça faisait presque 2 ans que j’étais pas sortie de chez moi. Et que j’avais peur. Parce que chez moi, je suis en sécurité. Il n’y a pas de surprise. J’ai mes marques. Toutes mes marques, tous mes objets. Je m’y sens bien. Et j’avais pas envie de devoir quitter cette bulle. Qui sait ce qui peut arriver ?! Grâce à ma psy (elle est merveilleuse et m’aide énormément!), j’ai réussi à voir ce voyage d’un autre œil : et si tout se passait bien ?!

L’idée m’a tranquillisée. Je dis pas que je n’avais pas peur de quitter ma bulle. Je dis pas que m’en arraché n’a pas été compliqué. Mais j’en ai emmené des morceaux dans ma valise pour que ça soit moins compliqué et j’étais plus sereine. Et les vacances ont été vraiment top. J’ai pu me créer une nouvelle bulle de sécurité là-bas. Et y a pas à dire, ces vacances nous ont fait du bien ! (et heureusement qu’on a pu y aller avant d’être confinés. Ça aurait été très très dur pour mon mari, je pense, sinon!). La prochaine fois qu’on ira, je sais que je n’aurais pas peur, là-bas aussi j’ai une bulle !

Somme toute, j’avais quand même conscience de cette bulle de sécurité qu’était la maison. Mais s’il y en avait une dont je n’avait pas conscience avant récemment, c’est bien l’hôpital. Et pourtant… Je me suis rendue compte que j’avais peur d’aller en cure jeudi. Parce que j’avais été faire un scanner le mercredi après le début du confinement. Soit moins de 24h après le début. Et l’ambiance était bizarre. Les gens suspicieux qui se regardent de loin, incapables de distinguer les visages sous les masques (sauf le mien du coup puisque j’en avais pas. Bah ouais, c’est que c’est rare hein!). C’était bizarre de ne pas pouvoir approcher les comptoirs pour les rendez-vous, de se passer du gel hydro dès que tu dois écrire un truc ou donner une feuille. Et puis il faut dire que le manipulateur radio a été agressif, il m’a dit des choses sur ma santé qu’il n’avait pas à me dire (et qui étaient fausses, j’ai demandé confirmation auprès de mon onco!) et j’étais passablement soûlée, énervée et un peu sous le choc du doute qu’il avait instillé en moi. Bref, l’hôpital était différent et ça ne m’a pas plu du tout.

Et j’ai eu peur que le service dans lequel je reçois mon traitement ait changé. J’ai eu peur que les soignants soient débordés, inquiets et peu disponibles. J’ai eu peur de les savoir à l’hôpital. Face à l’inquiétude et la maladie. J’ai eu peur que ma bulle n’ait éclatée. Heureusement, j’ai eu ma psy la veille, qui m’a rassurée sur comment était aménagé le service en ces temps troublée. J’étais donc préparée à ce que j’allais trouver. Et finalement, l’équipe soignante a été au top, comme toujours, et elle avait raison : c’était comme un cocon de calme, une bulle en dehors de toute cette folie.

Bien sûr, masque, gel hydro, passage bien bien écourté par une pré-commande des produits la veille avec consultation téléphone, rapide et efficace quoi. Je suis arrivée à 9h30, à 11h23, j’étais chez moi. Je n’ai croisé aucun autre patient (ah si je me souviens avoir aperçu un monsieur dans sa chambre en cherchant la mienne et un autre qui attendait quand je suis partie). Bref, une horlogerie bien réglée.

J’ai eu mal à ma bulle de sécurité qu’est le service onco, j’étais pas prête à ce que ça change, parce que je suis allergique au changement (et au pollen depuis ce printemps, je suis ravie!). En un seul mois, j’ai du étendre et bousculer tous mes repères. Alors est-ce que je vis mal d’être confinée chez moi ? Clairement : NON. Est-ce que le virus me fait peur ? OUI. Je suis une population qui est à risque même si c’est pas forcément le max du risque puisque mes globules blancs vont bien, mais j’ai quand même un cancer. J’ai peur pour mon mari quand il sort, j’ai peur qu’il ramène quelque chose. J’ai peur pour les gens que j’aime. J’ai peur pour mes soignants qui vont quand même à l’hôpital et chez des patients (coucou mes infirmières libérales), j’ai peur, finalement, pour tous les soignants de la planète, pour tous les gens qui tombent malades et je suis dévastée de savoir que des milliers meurent. Ce qui fait que, bah, je me tape de bonnes angoisses et crises de larmes de temps à autres, hein. J’essaie de ne pas y penser. J’essaie de me détacher des infos pour me baser sur les vrais chiffres et pas ceux des médias. Ça fait relativiser, mais c’est toujours triste, hein. Et surtout, ma bulle de sécurité s’est clairement verrouillée autour de ma famille. Je ne vis même pas mal d’avoir mes enfants du coup. Au contraire. Je suis heureuse d’avoir mes pioupious pour moi toute seule. En sécurité dans mes bras. Et j’ai pas envie de les lâcher, c’est dur de laisser mon homme en sortir.

Et toi, tu es comme moi ? Tu passes de bulles en bulle ou tu déambules dans la vie sans avoir peur de tout et de rien ? (le hasard fait vachement bien les choses avec mon nom de blog, hein !)

Reste bien chez toi, passe une bonne soirée, je t’embrasse !

2 thoughts on “Ma bulle de sécurité”

  1. Je viens de lire ! Je ressens la même chose ,tu as mis des mots sur mon ressenti. Ma bulle , mon chez-moi , où finalement je me sens en sécurité. Et même avant la covid. Moi aussi j’ai arrangé ma bulle à mon image , pleins de plantes et un besoin d’écologie, de croire qu’il n’est pas trop tard. Mes garçons sont grands mais tjs à la maison 💙💙 du coup on s’occupe les uns des autres ….
    Des bisous !

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