Et dans la tourmente, ce corps.

Si y a bien quelque chose à laquelle je n’étais pas préparée lorsque mon oncologue m’a dit “vous êtes atteinte d’un cancer du poumon”, c’était que mon rapport à mon corps allait changer à ce point.

Quand on est enceinte, on nous prépare à ça. On nous dit de ne pas nous en vouloir si on ne réussit pas à consacrer notre corps (surtout si on allaite) uniquement à notre enfant. Que le reste reviendra au moment voulu et que chacun doit être patient. Personnellement, je n’ai jamais eu de mal à dissocier ou plutôt à conjuguer mon corps de mère et mon corps de femme. J’ai toujours été moi. Avant d’être mère, en attendant de l’être, portant la vie, venant de la donner, allaitante ou après l’allaitement. Mon corps était lui, sans complexe, sans pudeur exagérée. Je lui faisais confiance. Il était fort. Il était puissant. Il avait supporté ma vie, il m’avait supporté moi, il avait porté la vie sans jamais aucun problème. Il l’avait donné chirurgicalement et c’était vite relevé. Il l’avait donné naturellement comme si ça avait été le but de sa vie. Bref. Mon corps, ma machine était une force de la nature.

“Vous êtes atteinte d’un cancer du poumon”

Cette phrase a détruit, en une seconde toute cette confiance que j’avais en lui. Oui, je savais que j’étais malade avant cette phrase. Mais l’autre, le lymphome, y avait moyen de guérir. Mon corps l’aurait fait, avec force et panache. Mais celui-ci ? Non, il ne peut pas. Il m’avait trahi. Je me sentais (je pense que je me sens toujours, j’ai du travail à faire là-dessus encore je pense) trahie par ce corps. Comment après toutes ces prouesses, il pouvait me faire ça ? Me faire ça à moi ?! Je veux dire… Il a rarement été malade pendant ses 29 ans presque 30 de vie… Et là il me sort le pire diagnostic que je redoutais ? Il avait pas le droit… Mais c’est pas seulement ce sentiment de trahison qui font que le rapport au corps est difficile…

Y a aussi le fait que depuis mai, il passe par tous les examens. Radio, prises de sang à gogo, scanner, irm, pet scan, ponction ganglionnaire, biopsie, tatouages médicaux, arrachage de dent (enceinte!), pose d’une chambre implantable, dépose de la chambre implantable, pose du picc-line (ces derniers sous anesthésie locale), sans parler de toutes les auscultations, palpations, pesées. Tout autant d’actes qui font qu’on s’éloigne de son corps. On laisse le champ libre au corps médical. On le laisse gérer tout ça, on regarde de l’extérieur. Ah, je dois être en culotte pour ce scanner, avec seulement un petit morceau de papier pour cacher ma poitrine et ce sont des hommes qui s’occupent de me placer dans la machine, de me bouger pour que tout soit bien calibré ? Ok, occupez-vous de mon corps, je m’en fiche de toute manière, je ne suis pas pudique. Venez faire un scanner à telle heure telle jour, venez avec tel produit de contraste. Ok, injectez moi ce que vous voulez, c’est pas grave, je sais que c’est pour mon bien. Je peux vous ausculter ? Bien sûr, docteur !

Et voilà, comment entre ces deux paramètres, j’ai oublié que mon corps était aussi moi. J’étais pas prévenue. Et un jour, alors que je repoussais mon homme, je me suis entendue lui dire “je suis désolée, je suis pas prête”. Et je me suis rendue compte que mon corps n’était plus le mien. Que je m’étais dissocié de lui. Que j’avais oublié qu’il n’était pas que la douleur, qu’il n’était pas que les protocoles. Qu’il n’était pas qu’explorations médicales. J’avais oublié qu’il pouvait être source de plaisir. Un câlin, une caresse, un massage, ou plus même. Qu’il fallait accepter qu’on m’approche, qu’on me touche. Que je devais le réintégrer, pour être enfin à nouveau moi, entièrement moi.

Sauf que c’est pas si facile. Déjà, il faut accepter que mon corps ait ses faiblesses, que non, c’était pas une machine invincible. Dur quand on l’a toujours cru. Ensuite, il faut apprivoiser le fait que je suis malade. Que ce cancer est le mien. Dur bis. Mais d’un côté, ça fera 2 mois le 27 que je sais exactement ce que j’ai. On peut pas dire que ça soit vieux, quand même. Ah, et puis, il faut accepter que j’ai un problème avec mon corps, aussi, accessoirement.

Bref, tout autant de chose dont je n’étais pas au courant et qui m’ont prise de court. Qui m’ont faites pleurer aussi, parce que je me suis rendue compte que les racines en étaient profondes. Et qu’il fallait que je réapprenne tout ça. Au travers de massages (j’en ai eu un ce matin avec la socio-esthéticienne de l’hôpital, ça fait du bien!), de caresses, de câlins… doucement, à mon rythme…

Après avoir lu ce billet, tu dois te demander pourquoi je raconte tout ça… Parce que moi je ne l’ai lu nulle part. Je n’étais pas prévenue. Et si c’est pas toi qui est malade, c’est peut être un de tes proches qui s’y reconnaîtra. Qui se dira que oui, en effet, c’est ça qu’il ressent et qu’il faut travailler dessus pour aller mieux, pour mieux vivre avec cet indésirable. Bref, ça peut toujours être utile, je me dis ! (puis le sondage instagram était en faveur de ce billet x))

Bonne soirée, je t’embrasse !

6 thoughts on “Et dans la tourmente, ce corps.”

  1. Je ne sais pas quoi dire, alors, je vais faire un câlin virtuel à ce corps qui en a tant besoin…. Tu es une force de la nature, tu es une âme qui a un corps, et cette âme, belle et forte, va guider ce corps au mieux pour traverser tout ça, et JAMAIS jamais jamais jamais tu ne seras seule. Tu te sentiras peut-être seule parce que c'est TON combat, mais nous serons toujours là, tout autour de toi, de ton corps, de ton coeur, de ta si belle âme.

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  2. Je t'ai toujours suivie de loin, avec ta famille, tes coups de cœur, tes coups de sang, admirative. Aujourd'hui je te suis d'un peu plus près car j'ai besoin de savoir que tu tiens bon malgré tout. Tu es si forte et belle dans ce combat. Prends ssoin de toi, le temps de retrouver ton corps.Je t'embrasse 😘

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  3. Après une crise de convulsions on me diagnostique une épilepsie ( chose qui se déclare très rarement à l'âge adulte). Mon bébé n'avais que 3 semaines. Et à quelque minute près ma fille était dans mes bras lors de cette crise alors tout mon monde a voulu me protéger et la protéger de moi et me suis sentit déposséder de mon bébé et de ma maternité. Et puis il y a eu les examens pour confirmer pour ajuster le traitement, mon homme est maintenant très à cheval sur ma santé et mon traitement. J'aimerai qu'on l'oublie sa y est elle est traiter je vivrer avec elle toute ma vie mais elle ne me. Défini pas. C'est nest pas du tout comparable à ce que tu vis mais je peu comprendre ce que tu ressent et je te souhaite plein de courage à toi et ta famille pour la suite

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  4. Comme ça a dû être dur qu'on ne te fasses plus confiance… J'espère que ça va mieux maintenant et ue tu as retrouvé ta maternité ! Je vois parfaitement en quoi tu peux trouver ça comparable ! La maladie n'est pas nous….!Des bises à toi ❤ et du courage également ❤

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