Le ciel m’est tombé sur la tête

Depuis le 27, j’ai le diagnostic final. Deux semaines déjà que je sais. Que j’ai rencontré cet homme à la voix douce qui m’a amené cette mauvaise nouvelle aussi doucement et avec le plus de sollicitude possible.

Deux semaines que j’ai appris les raisons de mes douleurs et qu’enfin je comprenne pourquoi elles étaient là, alors qu’elles n’étaient pas censées exister.
Hier en revenant du bloc après la pose de la chambre.
Crois pas, si j’ai bonne mine c’est juste l’adrénaline hein, j’avais beaucoup stressé et la pression n’est redescendue qu’à la maison où j’ai eu très envie de dormir, eu mal et où je me suis fâchée contre mon homme qui avait pas compris que j’étais incapable de faire quoique ce soit, comme m’occuper d’un bébé…!

Ça fait maintenant 2 semaines qu’on m’a dit qu’au lieu du “sympa” hodgkin, c’était une enflure de cancer du poumon qui me colonisait. Puis tu sais, pas la forme sympa où y a une tumeur, on l’enlève, et on en parle plus. Non, celle qui a semé des graines partout dans ton corps, jusque sur tes os, qu’on ne guérit pas. Celle qui te prédit avec certitude qu’elle sera ton bourreau. Quand ? un jour, à plus ou moins long terme, on sait pas. Mais un jour, ce cancer m’aura. Comme la grosse enflure qu’il est. J’aurais carrément préféré hodgkin. Il est pas cool, ça reste un cancer. Mais lui, en quelques mois de combat, t’en parles plus.
 Alors que là, pour moi, c’est chimio à vie, des rayons aussi, des douleurs, des tristesses, et tout un deuil que j’étais pas prête à faire : celui de ma vie quotidienne que j’appréciais enfin, celui de l’avenir parce que je ne sais pas de quoi il sera fait. J’étais pas prête à entendre ce qu’il m’a dit. J’étais pas prête à penser à la mort. Je savais qu’il m’annoncerait une mauvaise nouvelle. Mais qu’elle le soit autant ? Non, jamais. J’ai eu l’impression de prendre un coup de batte dans la face. 
Depuis deux semaines je cours partout pour les derniers examens avant le début des traitements. Hier j’ai même fait une petite chirurgie dont je me serais bien passée. La pose d’une chambre implantable, sous la peau de ma poitrine. C’est un petit dispositif dans lequel ils vont piquer et qui est relié directement à la veine cave, pour faire passer la chimio. Et dire que j’ai un problème avec les modifications corporelles ! Encore un deuil à faire : celui de l’intégrité physique (qui était déjà pas mal engagé avec ma grosse perte de poids, mais bon).
Franchement, c’est pas facile comme situation. Je tente de garder le moral et le sourire… Ou peut être que je me cache derrière. Parce que si j’y réfléchis un peu trop, j’ai très (très) envie de pleurer. J’ai tellement pas envie que ma vie change, ni de vivre tout ça. Ni d’être malade ! J’ai envie de crier “POURQUOI MOI?!!” environ 10 fois par jour. J’ai envie d’arrêter d’en parler, d’y penser, sans le pouvoir. J’ai tellement envie que ça n’existe pas ! Que ça soit un cauchemar dont je me réveillerais ! J’ai tellement envie de retourner dans le passé…
J’ai envie de m’occuper de mon bébé comme je me suis occupée des autres mais j’en suis incapable. Je suis fatiguée, je m’agace vite, je ne l’allaite plus, j’ai acheté une poussette faute de pouvoir la porter…. Tout est aux antipodes de ce que j’ai fait avec mes autres, et que j’aime faire. je dois faire le deuil d’à peu près tout ce qui me tient à coeur. C’est si dur. Alors évidemment, j’ai du soutien moral et physique, je ne suis pas seule, loin de là. Mais je suis seule dans ma tête pour gérer tout ça, pour l’accepter, pour vivre ce que je vis. Et y a des jours où j’y arrive pas. Où j’arrive pas à gérer les relations humaines parce que je ne me gère pas moi-même. Je tourne comme un loup en cage dans ma propre tête, alors je ne peux pas faire attention aux autres… et je culpabilise après. Comme pour beaucoup de chose d’ailleurs. Mon homme s’occupe de tout à la maison. Ménage, bouffe, enfants, courses… ça me rend dingue. Ça me rend dingue de ne pouvoir l’aider plus que pour des broutilles. C’était moi qui faisait tout, qui gérait tout. Maintenant je gère mon canapé. Super. 
Enfin… lundi, j’ai ma première chimio, mardi ma première séance de rayons. J’ai peur de mal supporter, mais je me dis qu’enfin on va faire quelque chose pour que cette foutue maladie se calme un peu. J’espère que mes ganglions (qui se sont encore multipliés, sur la clavicule droite, mais aussi gauche, sans parler de ceux planqués à l’intérieur!) diminueront et cesseront de me faire mal, que ma toux et ma fièvre quotidienne se barreront, et que mon dos qui me pourrit la vie depuis des semaines me laissera un peu en paix. Serais-je folle d’espérer retrouver un sommeil correct aussi ? Qui sait, peut être qu’à défaut de guérir je serais enfin soulagée !
Merci d’avoir lu ce billet décousu et pas très joyeux, je t’embrasse !

25 thoughts on “Le ciel m’est tombé sur la tête”

  1. Je te lis souvent et te souhaite énormément de courage pour cette épreuve . Tu la surmonteras plus forte que ce que tu n es déjà' . Par contre en ayant lu tes précédents articles je ne comprends pas , les médecins n avaient rien vu en te faisant la radio des poumons ??

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  2. J'en ai faite une hier aussi et… On voit rien sur la radio. J'ai un nodule minuscule. Ils ont su que c'était un cancer du poumon parce qu'ils ont biopsié un ganglion qui est en fait un métastase. Do'c c'est là qu'ils ont trouvé le cancer. Ils n'ont vu le cancer \”primitif\” qu'en faisant le tep scan, et c'est petit et contre la plèvre.Merci pour tes mots 💕

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  3. Je te suis depuis longtemps mais je n'ai jamais commenté tes publications. Aujourd'hui je souhaite me manifester pour te souhaiter du courage et de la force pour te battre. Je ne sais pas vraiment quoi te dire, mais juste que je te soutiens à travers mes pensées pour toi. Je t'imagine forte et combattante, alors accroche-toi.

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  4. C'est avec tristesse et tellement d'empathie que je découvre le mal qui te ronge, toi la petite soeur de Murielle alias @LouiselleJe t'envoie toutes mes pensées positives et mon courage.

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  5. Ma chère belle fille. Je suis mal pour toi. Sniff. Tu peux pas savoir, cette douleur en moi. Je t’ais pris sous mon aile comme ma fille. Pfff trop deg. Déjà qu on se voit pas beaucoup… stp Seigneur ais pitié, laisse nous notre belle fille, cette jeune mère ne mère ne mérite pas cela. Bisou certe peu guérisseur Maeva, sache que je t aime beaucoup. Bise. Sois forte tu. Ton beau père Freddy. Bisou à mes petits enfants et à mon fils.

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  6. Ma petite maeva j'ai atterri sur cette page un peu au hasard je pensais y voir un peu de fiction et du fantastique mais en lisant tes lignes j'ai vite compris qu'on était dans cette foutu réalité alors j'ai voulu te faire savoir que mes pensées sont avec toi,c'est con hein !comme si sa pouvait te soulager, mais à travers sa les mot son dur à trouver en tout cas les bon, on a fait un bout de chemin ensemble et je ne t'ai pas oublié soit forte dans cette épreuve je pense fort à toi bisous maeva

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